
Olivier Classiot, coordinateur de la tribu Développement, commence par présenter la Tribu Développement, la 1ère conférence du cycle et explique le concept de « palabre » et la tentative de passer d'une palabre à la française à une palabre à l'africaine.
Dans le cadre de la quinzaine du commerce équitable, la Tribu Développement a organisé le 12 mai 2003 une conférence sur le thème « du commerce à l'équitable, pourquoi agir en consomm'acteur ? ». Animée par Guillaume Duval, Rédacteur en chef adjoint du mensuel Alternatives Economiques, la table ronde a réuni les acteurs de trois secteurs différents qui ont pu exposer leurs expériences et présenter en quoi le commerce équitable est un facteur de développement.
- Tristan Lecomte, fondateur d'ALTER ECO, marque de référence en grande distribution nous a fait partager son expérience dans le secteur de l'alimentaire. Son intervention a été complétée par celle de Juan Carlos Alvarez, producteur de café au Costa Rica, dont la coopérative collabore avec MAX HAVELAAR.
- Rachel Lui, fondatrice d'IDEO, marque de vêtements bio et équitables et Jean Dussetour, vice président d'ETHNIK.org, association visant à promouvoir un artisanat créatif dans les pays du Sud, ont pu témoigner de l'impact du commerce équitable sur des filières telles que le textile et l'artisanat.
- Enfin, Géraldine Govaere, directrice de TERRES LOINTAINES, association qui promeut les voyages solidaires, a pu rappeler comment chaque voyageur peut être acteur du développement.
Guillaume Duval a lancé la table ronde en rappelant que le commerce équitable était né du constat de l'échec des formes traditionnelles de l'aide au développement et de la volonté de construire des modèles alternatifs d'échanges commerciaux basés sur des rapports plus équitables. En effet, si on prend l'exemple du Mexique, une heure de travail représentait 20% d'une heure de travail américaine dans les années 80, contre 12% aujourd'hui. Or le Mexique fait partie de l'ALENA (Accord de Libre-Echange Nord Américain).
Il a ensuite rappelé que le commerce équitable était encore balbutiant en France par rapport aux autres pays nord-européens notamment, et que malgré une notoriété croissance, le passage à l'acte d'achat restait limité[1]. En 2001, le secteur représentait 0,01% du commerce mondial.
Il a ensuite demandé à chacun des participants de la table ronde d'exposer la démarche, les valeurs, et le modèle économique de leurs entreprises et d'exposer dans quelle mesure on pouvait à terme créer des entreprises rentables tout en contribuant au développement des pays du Sud.
Juan Carlos Alvarez, est producteur de café dans une région enclavée du Costa Rica. Les 9 coopératives et 3500 producteurs qu'il représente vendent leur production à travers les deux canaux de distribution (classique et équitable - depuis 14 ans). La possibilité pour les coopératives de fixer leur prix de vente dans les filières de commerce équitable[2] leur a permis d'améliorer la qualité des produits (les producteurs sont certifiés Iso) et d'améliorer considérablement les conditions de vie des producteurs (électrification de zones enclavées, accès à l'éducation et à la santé plus large, conditions d'accès au crédit à taux préférentiel ).
Depuis 14 ans, la filière équitable a permis de générer un gain d'environ 6 millions de dollars : 4 millions ont directement financé l'amélioration des conditions de vie des producteurs, 2 millions ont été réinvestis. Des programmes de formation ont ainsi été mis en place (au profit de 150 lycéens et 50 universitaires) et profitent directement aux enfants des producteurs, qui s'impliquent ensuite dans le développement de la coopérative.
Max Havelaar est un label qui existe depuis 1993 en France. L'objectif est de développer le commerce équitable et de communiquer sur son intérêt. Actuellement, la consommation équitable française est inférieure à 0,5 euro / habitant, malgré une très forte croissance depuis 1998 (versus 4 euros par habitant environ aux Pays-Bas ou en Suisse).
Tristan Lecomte, fondateur d'ALTER ECO travaille avec ces coopératives agricoles. Sa société importe, transforme, conditionne et revend les produits équitables. Après des expériences peu concluantes de distribution dans des circuits de vente spécialisés en centre ville, ALTER ECO distribue depuis avril 2002, une gamme complète de produits équitables en grande distribution (notamment dans les magasins Monoprix et Cora). En effet, 88% des produits de grande consommation sont achetés en grande distribution.
Tous les produits commercialisés sont labellisés MAX HAVELAAR (sauf trois pour lesquels il n'existe pas encore de cahier des charges). Pour ALTER ECO, le surcoût par rapport à une filière d'achat normale est d'environ 4 %, mais les prix de revente des produits peuvent s'aligner sur ceux de filières classiques, les frais de marketing et le nombre d'intermédiaires étant plus réduits. En définitive, le producteur touche 27 % du prix final du produit (contre 8 % en moyenne dans une filière normale).
Pour ALTER ECO, l'important est de promouvoir la qualité des produits. Au consommateur de faire son choix, à qualité égale, entre un produit équitable et un autre[3]. Tristan Lecomte précise que les produits équitables alimentaires sont positionnés moyen / haut de gamme, pour que le premier déclencheur d'achat soit la qualité du produit, avant la solidarité. Les produits commercialisés sont des produits naturels, souvent bio, avec une traçabilité qui permet d'améliorer la qualité.
IDEO, jeune entreprise de commerce équitable lancée en 2001 propose une gamme de T-shirts et de sweat-shirts de style contemporain pour adultes et enfants, réalisés en Inde dans des ateliers de commerce équitable et taillés dans du coton biologique.
Dans ce secteur plus capitalistique que l'agriculture, le système de coopérative n'existe pas. IDEO travaille donc exclusivement avec des entreprises qui emploient des travailleurs sociaux. Travailler de plus avec du coton biologique permet à IDEO de sortir des cours mondiaux du coton et d'affirmer ses valeurs. Les modèles d'IDEO reflètent d'ailleurs aujourdhui cet engagement fort au niveau du message comme des dessins.
Si IDEO a aujourd'hui acquis une certaine reconnaissance et réfléchi à comment passer d'un réseau de distribution alternatif à des boutiques de prêts à porter ou la grande distribution, Rachel Lui, fondatrice, rappelle l'importance de rester proche des militants.
L'association Ethnik.org, permet aux artisans de trois pays du Sud (le Cameroun, Madagascar et l'Afrique du Sud) de produire des objets d'artisanats qui seront ensuite commercialisés sur son site internet. Ethnik.org les accompagne dans plusieurs phases de leur travail (pré-financement des matières premières, formations, développement des capacités de gestion ) pour réaliser un véritable transfert de compétences. L'association tente de créer un véritable partenariat avec les artisans pour créer des produits imprégnés des cultures locales mais correspondant aux besoins des consommateurs européens. L'objectif est de développer des relations Sud-Sud.
TERRES LOINTAINES est une association créée en 2001 qui propose des voyages solidaires en Amérique Latine (avec des guides indépendants locaux et un logement chez l'habitant), des projets de développement durables dans ces pays (protection de l'environnement et de la culture de communautés minoritaires ) et des interventions en milieu scolaire.
TERRES LOINTAINES oeuvre pour la responsabilisation des touristes et la qualité des relations avec les personnes rencontrées lors des voyages. C'est une alternative au tourisme de masse, qui cause beaucoup de dégâts, particulièrement dans les pays du sud.
La table ronde s'est poursuivie par une série de questions posées par les auditeurs, notamment sur le positionnement marketing (qualité et prix) des produits équitables, sur la différence entre commerce éthique et commerce équitable, sur le rôle des grands distributeurs, sur la nécessité du contrôle par un tiers ou encore sur la rentabilité des entreprises de chacun des intervenants.
Les 75 participants ont pu enfin continuer à échanger leurs points de vue autour d'un cocktail bio et équitable, après s'être présenté brièvement à tour de rôle.
[1] Selon une enquête IPSOS, seuls 19% des français disent avoir acheté ne serait-ce qu'une fois un produit équitable.
[2] Le Fairtrade Labelling Organisations (FLO) organisation internationale de commerce équitable à laquelle participent 17 représentants dont MAX HAVELAAR fixe avec les coopératives nationales les prix avec des standards spécifiques par produits.
[3] Tristan Lecomte précise que les produits équitables sont aujourd'hui majoritairement positionnés haut de gamme, les nouveaux consomm'acteurs cherchant dans ces produits du sens et de la qualité. Mais l'ouverture progressive à un public plus large pourrait conduire à proposer des produits de gamme inférieure, et donc moins chers (par exemple, seuls les cafés Arabica sont proposés aujourd'hui, à terme des cafés robusta équitables pourraient être proposés aux consommateurs). C'est au consomm'acteur de créer cette demande.